Tachons d'y voir clair

Les spécialistes de littérature et philosophie se réunissent de temps en temps comme de nombreux spécialistes de domaines très variés se réunissent partout dans le monde chaque année. Ce qui est intéressant parfois, c’est qu’au détour d’un colloque ou d’une lecture vous vous dites : « – c’est une question qui pourrait aider mes clients dans leur travail hypnotique, dans leur dynamique de changement… la nature des difficultés sur lesquelles butent les échanges sur le plan de la pensée. Je vous livre des idées de réflexions que Jean- François Billeter à rassembler dans un livre qui s’intitule « notes sur Tchouang -Tseu et la philosophie ». Ce que j’aime chez ce chercheur, c’est qu’il est et pas uniquement spécialiste de sinologie, non, c’est qu’il a développé cette capacité à faire du lien entre les éléments qui rassemblent et harmonisent les êtres vivants.

La langue que nous utilisons possède ses propres réseaux d’associations, ses propres résonances. Chaque mot est riche de sens. Il semble impliquer le respect de certaines lois de la nature. L’association d’idées n’est pas éloignée de celle que nous trouvons dans la famille du radical. Ex : « reg » : régalien, roi, règner, règler, réagir, diriger, etc. Le sens des mots sont les piliers sur lesquels les pensées communes, individuelles, la culture, les systèmes, se bâtissent. Le sens des mots fondateurs sont aussi une synthèse qui rassemble une expérience personnelle et collective – qu’il a aussi contribué à former. Cette synthèse est le résultat d’une histoire particulière. Et la sommes des mots utilisés par une personne repose sur ces mêmes bases, toujours particulières. On dit que c’est ce qui rend difficile la communication entre les hommes. Parfois les mots ne se correspondent ni dans la forme, ni dans l’usage qu’on en fait, ni dans l’expérience dont ils représentent la synthèse. Parfois la force d’une pensée devient un empêchement dans l’autre. C’est vrai quand les langues sont différentes mais cela l’est aussi quand la langue est commune et maîtrisée de manière inégale, cela créer des malentendus. « Une pensée qui se meut de façon naturelle dans sa propre langue devient incommode et boiteuse dans l’autre ». Les exemples permettent à l’individu de se familiariser avec l’idée, mais comment lui donner l’assurance de bien la comprendre?

Comment se produit la « synthèse » mot qui vient du verbe grec « mettre ensemble » , qui donne sens au mot ? Comment des éléments épars de la pensée, surgit l’unité ? Pouvons-nous nous expliquer comment nous apercevons les rapports par lesquels les éléments s’assemblent pour former soudain un tout, une image? Si je vous dis « moustique » il est fort probable que votre vision ne soit pas la même que votre voisin. Peut-être entendez-vous le bruit alors que je vois la piqûre…

L’hypno-praticienne prend le temps de juxtaposer des observations, d’esquisser des rapprochements et elle tente de susciter en la personne l’intuition unifiante, elle recadre. Elle fait naître dans l’esprit, par un effet d’imagination, le sens que le signal du syndrome porte. Pendant chaque transe, la praticienne se souviens du chemin qu’elle a, elle même parcouru, des façons nouvelles de sentir, de voir d’entendre et d’agir pour comprendre l’exacte expression de la réalité qui se dessine chez la personne. Elle ne peut oublier ce qu’elle doit à ce cheminement, aux formations d’habitudes prises dans son maniement quotidien… Comment parvenir à initier quelqu’un à l’usage vivant d’un mot ? Comment lui donner la possibilité d’accéder à d’autres visions du monde ? Il y a un accord qui se fait peu à peu sur le sens que l’on donne au mot, en évoquant les expériences auxquelles il renvoie et les associations d’idées qu’il suscite, en éclairant une à une les associations limitantes qui surgissent. Cette vie qui naît de l’intérieur, d’elle-même c’est la combinaison d’un hasard, d’une nécessité, d’une contingence, d’une réaction à des règles dans un environnement. La réaction, c’est une force de vie qui affronte un état de mort menaçante. C’est une déconstruction qui permet à la vie de ne pas disparaître, elle constitue à la fois son renouvellement et son déploiement.

A cet instant, la mort faucheuse est remplacée par la mort sculpteuse ». Changer, c’est : – acquérir quelque chose contre la perte d’autre chose. On passe notre temps à créer, occuper et fuir nos territoires, le marquage rythmique d’un milieu, une musique humaine. Changer, c’est : – la sensation d’une mort intuitive à la vie. Une manière à repousser les frontières, pour aller vers quelque chose de plus important. C’est se donner librement et consciemment sa forme et son sens. 

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